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AVIS DU CHSCT - en date du 8.10.2018

 

Le projet engendre de nombreux remaniements de postes de travail, par des évolutions de contenu et de périmètre de travail. Les transferts et redistributions de tâches se font ainsi selon deux mouvements. Tantôt un mouvement horizontal des tâches produit un éclatement voire un émiettement des fonctions sur plusieurs autres fonctions avec pour conséquences une dilution des compétences spécialisées et le risque de perdre en efficacité ou en cohérence opérationnelle. Tantôt un mouvement vertical des tâches qui se traduit par un regroupement de fonctions sur une même fonction, avec pour conséquences une augmentation de la polyvalence et des difficultés de sa mise en œuvre.

 

Sur l'évolution de la charge de travail (quantitative et qualitative)

Pour certaines fonctions, des risques de surcharge et/ou de dégradation de la qualité du travail sont identifiés, dans le cadre des compressions d'effectifs et d'une surévaluation des baisses de charge suite aux arrêts des activités. Les promoteurs du projet ne semblent pas avoir toujours pris en compte les réalités du terrain, leurs exigences actuelles, ainsi que les dimensions invisibles, aléatoires et variables des configurations d'activités. Les compressions d'effectif risquent de diminuer les marges de manœuvre des salariés pour gérer la variabilité de l’activité  et faire face à la charge de travail. Les possibilités de renforts et de remplacements des salariés sont par exemple fragilisées.

Les stratégies de priorisation ou d’économie préconisées par les promoteurs du projet risquent de trouver leur limite s'il devient difficile d'opérer des coupes dans des composantes essentielles du métier. Les fonctions d'encadrement de proximité sont fortement mises sous pressions, en devant compenser à la fois la diminution des ressources opérationnelles et la disparition de strate hiérarchique d'un niveau supérieur.

 

Sur la fuite des compétences

Les suppressions de poste génèrent des pertes de compétences expérimentées au sein de l'entreprise. Or, l'accompagnement du transfert des compétences ainsi que les formations nécessaires ne sont pas pensés dans le projet. A cela, les risques sont divers: augmentation du surcroit de travail, baisse de la qualité du travail, apparition de dysfonctionnements opérationnels, etc. Enfin, le développement de la polyvalence nécessite des conditions d'organisation compatibles avec les exigences du travail.

 

Sur l'affaiblissement du soutien social au travail (soutien socio-émotionnel et technique)

Fragilisées par l’augmentation de la charge de travail, la ligne managériale intermédiaire et les équipes opérationnelles, risquent de ne pas pouvoir apporter le soutien de proximité nécessaire à l'organisation, la régulation, le renforcement des activités. La diminution du soutien social dans un contexte où les exigences de travail augmentent et les marges de manœuvre s'amenuisent, constitue un facteur important de risque psychosocial.

 

Des risques d'augmentation des atteintes physiques en production.

Le projet ne réduit pas la pénibilité des postes. Il risque de l’aggraver puisque le transfert des salariés du toner sur le RR (ou des salariés des lignes PCU vers les lignes AIO) pourrait être envisagé, alors que l’on sait par ailleurs qu’il existe de nombreuses pathologies articulaires sur les différents secteurs et que les postes au recyclage sont à fort risque TMS.

La pénibilité des postes risque de perdurer, ce qui pose la question du devenir des salariés actuellement en maladie professionnelle ou ayant une réserve d’aptitude. On peut aussi se poser la question de l’évolution de la santé des salariés qui n’ont pas de problème aujourd’hui. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est probable que ces personnes développent dans l’avenir, compte tenu de la pression qui va augmenter, elles aussi des maladies professionnelles.

 

Un effritement de la démarche d’amélioration continue

Le projet se sépare de compétences individuelles et collectives qui concourent à l’amélioration continue des process de production et des conditions de travail. Celles-ci ont, dans le respect du Ricoh Way, toujours été attentives à créer les conditions de postes de travail adaptés, cherchant ainsi à réduire les postures pouvant être délétères pour la santé des salariés et favoriser l'efficience du travail.

Le projet fait faire un bond … en arrière à l'entreprise, alors qu’elle était novatrice.

 

 

En résumé :

 

  • Il demeure trop d'interrogations et manques d'informations sur l'organisation et sur son fonctionnement. La direction ne fait pas la démonstration d'absence de risque de surcharge, voire en fait fi. A la lecture du rapport d'expertise, les risques physiques et psychologiques demeurent. Le plan de prévention arrivé trop tard ne permet pas d'appréhender l'intégralité des risques.

 

  • Ce plan de prévention délègue la gestion des conséquences du PSE sur les cadres de proximité qui sont par ailleurs très chargés. En effet, lors du dernier plan, le Service de Santé au Travail avait pointé la montée d'une inquiétude chez cette catégorie de salarié. On constate par ailleurs une insuffisante réflexion sur les situations de handicap et de restriction des salariés. Par un développement de l'autonomie, ou de la polyvalence comme règle "passe partout", l'employeur n'assume pas son rôle d'organisateur et sous-traite aux salariés les difficultés d'un travail devenu complexe. Alors que les conclusions des bilans HSCT rappellent le besoin de formation et d'accompagnement des salariés, le PSE se prive de compétences de proximité (fonctions supports à la production) créant les conditions d'une amélioration continue (gains de temps et amélioration des conditions de travail).

 

  • Les élus du CHSCT considèrent que le projet oublie les femmes et les hommes et leur contribution à la création de la valeur économique. L'architecture du projet, au regard de l'analyse, à la fois des membres du projet et à la lecture du rapport d'expertise, conduit les membres de l'instance à redouter une intensification du travail qui ne pourra que dégrader les conditions de travail.

 

  • L'impact du projet risque de nuire fortement à l'intégrité physique et mentale des salariés, notamment ceux déjà fragilisés par l'usure. Cette réorganisation va bouleverser l'humain qui a pourtant un rôle déterminant dans la compétitivité du site.

 

Pour conclure, au regard du rapport d'expertise et des échanges que nous avons eus au sein de l'instance, le CHSCT donne à l'unanimité des membres présents un avis défavorable.

 

Nous attendons de la direction des mesures correctives, suivant les préconisations de l'expert ( p152 à 161). Nous demandons également un suivi trimestriel du déroulé du PSE au niveau organisation du travail et sécurité : dans cette optique, un plan de suivi de 12 mois est préconisé.